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Sensibiliser à la santé mentale des femmes

  • Helen Blair Simpson MD PhD
  • C Neill Epperson MD
  • Mathilde Husky PhD
  • Wenting Mu PhD
  • Roseli Gedanke Shavitt MD PhD
  • 5

L’anxiété et la dépression comptent parmi les problèmes de santé mentale les plus courants dans le monde. Se sentir inquiet ou triste de temps à autre fait partie de la vie. Mais lorsque ces émotions persistent, deviennent envahissantes ou commencent à affecter le sommeil, les relations, le travail ou l’estime de soi, il peut devenir plus difficile de les gérer seul. 

Comme le souligne la Dre Helen Blair Simpson, professeure de psychiatrie au Columbia University Irving Medical Center (CUIMC), directrice du Center for OCD and Related Disorders et ambassadrice de l’ADAA pour la santé mentale des femmes : “Les recherches montrent qu’environ 1 femme sur 3 connaîtra un trouble anxieux ou dépressif au cours de sa vie. Cela signifie que presque toutes les femmes seront soit directement confrontées à ces difficultés, soit auront des amis ou des membres de leur famille qui le seront.”

L’expérience de l’anxiété et de la dépression chez les femmes peut être influencée par de nombreux facteurs : ce qui se passe dans leur corps, ce qu’elles traversent dans leur vie et les attentes auxquelles elles sont confrontées chaque jour. Mieux comprendre ces facteurs peut aider à reconnaître plus facilement les moments où un soutien peut être nécessaire. 

Pourquoi les troubles anxieux et dépressifs sont-ils plus fréquents chez les femmes ? 

Il n’existe pas une seule raison expliquant pourquoi l’anxiété et la dépression touchent plus souvent les femmes. Ces troubles peuvent être influencés par une combinaison de facteurs biologiques, émotionnels, environnementaux et sociaux. 

Les antécédents familiaux peuvent jouer un rôle. Les personnes dont un parent ou un proche a souffert d’anxiété peuvent être plus susceptibles d’en faire elles-mêmes l’expérience. Des événements de vie difficiles, des traumatismes et un mauvais sommeil peuvent également aggraver les sentiments d’anxiété ou les rendre plus difficiles à gérer. 

Les recherches suggèrent également que des différences dans la structure et la chimie du cerveau peuvent jouer un rôle dans l’anxiété. Cependant, chaque expérience est personnelle et peut être façonnée par plusieurs facteurs au fil du temps. 

Comme le souligne le Dr Neill Epperson, professeur titulaire de la chaire Robert Freedman et président du département de psychiatrie de l’Université du Colorado (États-Unis), ainsi qu’expert de premier plan en psychoneuroendocrinologie et en santé cérébrale des femmes : 

“De nombreuses raisons expliquent pourquoi les femmes sont plus susceptibles que les hommes de souffrir de dépression et de troubles anxieux. Les différences dans nos expériences de vie, notre patrimoine génétique, nos hormones reproductives ainsi que notre réponse au stress et aux traumatismes contribuent notamment à cet écart entre les sexes.”

Les obstacles à l’accès au soutien en santé mentale pour les femmes 

À travers les différentes étapes de la vie et les cultures, les femmes peuvent ressentir qu’elles doivent tout gérer : être fortes, tenir bon, tout porter, minimiser ce qu’elles ressentent même lorsqu’au fond, elles ne vont pas bien. 

Dans une étude Ipsos menée en 2026 à la demande de Lancôme auprès de 4 000 femmes dans quatre pays, 80 % des femmes ont déclaré avoir répondu « Je vais bien » alors que ce n’était pas le cas, et près de la moitié ont indiqué le faire souvent (47 %). Pourtant, 72 % des femmes ont déclaré regretter d’avoir caché ce qu’elles ressentaient réellement. Ces chiffres suggèrent que le silence n’est pas simplement un choix individuel. Il peut aussi refléter des attentes sociales plus larges, selon lesquelles les femmes doivent faire preuve de résilience et rester disponibles pour les autres, quelle que soit leur expérience intérieure. 

La stigmatisation peut renforcer ce silence. Plus de la moitié des femmes interrogées ont cité le fait de ne pas vouloir être un poids pour les autres comme une raison importante de garder leurs émotions pour elles. Selon la Dre Mathilde Husky, professeure de psychologie clinique et de psychopathologie à l’Université de Bordeaux (France) et experte de premier plan de la dépression, de l’anxiété et des troubles liés au stress : 

“En France, les problèmes de santé mentale restent stigmatisés, ce qui façonne les attitudes du public et la perception que les personnes ont d’elles-mêmes, et décourage ainsi la prise de parole et la recherche d’aide. Les étapes de la vie reproductive, e puberté, grossesse, fausse couche, avortement, accouchement et ménopause  — sont associées à un risque accru de détresse. Pourtant, il reste difficile pour les femmes d’en parler dans la société française, ce qui décourage davantage encore la recherche d’aide.”

Husky ajoute : 

“De nombreuses survivantes de violences domestiques ou sexuelles sont également confrontées à la culpabilisation des victimes ou à une minimisation institutionnelle lorsqu’elles ont affaire au système judiciaire, ce qui renforce le silence et contribue à une détresse psychologique non prise en charge.”

Parallèlement aux attentes sociales, les femmes peuvent connaître d’importantes transitions hormonales tout au long de leur vie, notamment à la puberté, pendant la grossesse, au cours de la période post-partum et à la ménopause. Ces changements peuvent influencer l’humeur, l’énergie et la manière dont le corps réagit au stress. 

Le Dr Epperson ajoute : 

“Le cerveau féminin doit faire preuve d’une incroyable flexibilité pour gérer une exposition presque quotidienne à des variations parfois importantes des hormones ovariennes, qui influencent fortement la neurochimie, la structure des cellules nerveuses et le fonctionnement global du cerveau. J’appelle cela le “Fantastically Flexible Female Brain”, le cerveau féminin extraordinairement flexible.”

Les changements hormonaux ne déterminent pas la santé mentale d’une femme. Ils peuvent toutefois rendre certaines femmes plus sensibles au stress, aux traumatismes et aux variations de l’humeur à certains moments de leur vie. Reconnaître ces expériences peut aider les femmes à aborder leur bien-être mental avec davantage de bienveillance envers elles-mêmes et à rechercher un soutien professionnel adapté lorsque cela est nécessaire. 

Des obstacles pratiques peuvent également rendre le soutien difficile d’accès. Dans certaines communautés, les soins de santé mentale de qualité peuvent être limités ou trop coûteux. Dans d’autres, les femmes peuvent ne pas savoir quelles ressources sont disponibles. Dans l’étude Ipsos, parmi les femmes ayant déclaré ne pas accorder suffisamment d’attention à leur santé mentale, 35 % ont cité le manque de temps et 28 % les contraintes financières comme obstacles. 

Faire le premier pas vers une meilleure santé mentale 

Prendre conscience de la situation est une première étape importante pour aider les femmes à parler ouvertement et les encourager à dire lorsqu’elles ne vont pas bien. Reconnaître les moments où l’anxiété ou la tristesse deviennent « trop importantes » peut aider les femmes à identifier quand il peut être nécessaire de consulter un professionnel de santé qualifié. 

Comme l’explique la Dre Catherine Harmer, professeure de neurosciences cognitives à l’Université d’Oxford (Angleterre) et experte de premier plan des mécanismes cognitifs sous-jacents à la dépression et à l’anxiété : 

“Tout le monde se sent triste ou anxieux de temps en temps, et ces émotions peuvent même nous aider à faire face aux difficultés et à y répondre. Mais elles peuvent devenir problématiques si elles persistent pendant plusieurs semaines, deviennent envahissantes ou insupportables et commencent à nous empêcher de mener nos activités quotidiennes.”

Être attentif aux changements d’humeur, de sommeil ou de niveau d’énergie peut favoriser une meilleure connaissance de soi. Des outils tels que le Patient Health Questionnaire-8 (PHQ-8) pour la dépression et le Generalized Anxiety Disorder-7 (GAD-7) pour l’anxiété peuvent également aider les femmes à mettre des mots sur ce qu’elles ressentent et à préparer une conversation avec un professionnel de santé.  

“Le PHQ-8 a été traduit dans plus de 100 langues, ce qui permet son utilisation dans des contextes culturels et linguistiques variés. Le GAD-7 a été validé auprès de différents groupes d’âge et dans différents contextes culturels, et il est largement utilisé pour dépister l’anxiété et en évaluer la sévérité », explique la Dre Roseli Shavitt, médecin assistante et professeure collaboratrice à l’Institut et au Département de psychiatrie de la faculté de médecine de l’Université de São Paulo (Brésil), et experte de premier plan de l’anxiété et du trouble obsessionnel-compulsif (TOC). 

Shavitt ajoute :

“Ces auto-questionnaires peuvent aider les femmes à mieux comprendre leurs symptômes de santé mentale, favoriser la connaissance de soi et ouvrir la voie à des conversations sincères avec les professionnels de santé et leurs proches. Idéalement, les résultats de ces auto-questionnaires devraient être associés à une évaluation professionnelle afin de garantir une prise en charge pertinente, en particulier dans les situations individuelles sensibles. ”

Ces auto-évaluations sont des outils de dépistage utiles, mais elles ne sont pas destinées à établir un diagnostic à elles seules. Elles peuvent aider une personne à reconnaître des symptômes et à ouvrir la voie à une évaluation professionnelle adaptée. 

Comme nous le rappelle avec justesse la Dre Wenting Mu, professeure associée au département de psychologie de l’Université Tsinghua (Chine) et experte des méthodes de dépistage et de prévention de la dépression et de l’anxiété : 

“Prendre soin de son esprit n’est pas égoïste : c’est l’un des plus beaux cadeaux que l’on puisse s’offrir et offrir à ceux que l’on aime. Une femme en bonne santé mentale élève des enfants plus forts, construit des familles plus résilientes et contribue à façonner un monde plus compatissant. Les femmes ne prennent pas seulement soin des enfants : elles transmettent également leur force mentale, leurs valeurs et leur sagesse à la génération suivante. De cette manière, les femmes portent l’espoir, la résilience et la prospérité pour l’avenir de notre société.”

Vous n’êtes pas seule. L’éducation, les conversations ouvertes, le soutien social et l’accès à des soins appropriés peuvent tous aider les femmes à agir pour leur santé mentale. 

Faites le premier pas vers une meilleure santé mentale : prenez un moment pour faire le point avec vous-même dès aujourd’hui. 

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Version originale de l’article en anglais, adaptation pour la France par notre partenaire Psycom

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Dr. Helen Blair Simpson est professeure de psychiatrie à Columbia et directrice de recherche à l'Institut psychiatrique de l'État de New York. Subventionnée par le NIMH depuis 1999, elle mène des essais cliniques de grande envergure pour optimiser la prise en charge des TOC. Elle a présidé l'ADAA pour le mandat 2024-2025.
Dr. C. Neill Epperson est professeure titulaire de la chaire universitaire Robert Freedman et dirige le département de psychiatrie à la faculté de médecine de l'Université du Colorado (campus d'Anschutz). Elle assume également la direction exécutive du Helen and Arthur E. Johnson Depression Center et du programme de santé comportementale des femmes du Colorado. Ses recherches cliniques sont particulièrement réputées pour son approche de la psychoneuroendocrinologie et de la santé cérébrale féminine tout au long de la vie.
Dr. Mathilde Husky s'appuie sur des protocoles d'évaluation écologique instantanée et de suivi ambulatoire pour mieux comprendre l'apparition des troubles anxieux et de l'humeur au quotidien.
Ses recherches portent sur le développement de modèles prédictifs du risque de suicide et sur l'utilisation des grands modèles de langage (LLM) et technologies numériques pour le traitement de l'anxiété.
Cofondatrice du programme d'étude des troubles du spectre obsessionnel-compulsif à l'hôpital des cliniques de São Paulo, elle en a assuré la direction clinique jusqu'en 2023.