Dr. Julia N. Riddle est une psychiatre spécialisée dans la santé mentale reproductive. Ses recherches au sein de l'Université de Caroline du Nord se concentrent sur l'anxiété périnatale, le trouble dysphorique prémenstruel et la gestion de la perte périnatale.
ArticleLecture : 6 min
Santé mentale et parcours de fertilité : les conseils de notre experte
- Julia N Riddle MD
- 6

De nombreuses femmes ont recours à un traitement pour la fertilité afin de tomber enceintes. Si ces traitements leur donnent de l’espoir, ils peuvent aussi être synonymes de stress, de variations hormonales ou encore de pression financière. Nous avons échangé avec la psychiatre américaine Julia Riddle, spécialisée en fertilité et maître de conférences au Centre des troubles de l’humeur chez les femmes à l’UNC School of Medicine de Chapel Hill (Etats-Unis). Elle explique comment les femmes, qu’elles soient en solo ou en couple, peuvent mieux gérer leurs émotions et préserver leur santé mentale durant ce parcours jalonné de hauts et de bas.
Les traitements pour la fertilité influencent la santé mentale
Selon la docteure Riddle, les femmes qui suivent un traitement pour la fertilité « en supportent le poids en permanence, comme un travail à plein temps qui viendrait s’ajouter aux autres contraintes de la vie quotidienne. Et parce qu’elles ont cette charge mentale invisible tout en suivant des traitements qui ont des répercussions physiques, la connexion entre leur corps et leur esprit peut en pâtir. Parfois, elles ont l’impression que quelque chose s’est brisé en elles. » Ce stress durable peut affecter leur ressenti corporel et la perception qu’elles ont de leur identité.
Dans l’assistance médicale à la procréation (AMP), les traitements sont longs et éprouvants. En médecine reproductive, si un traitement ne fonctionne pas, d’autres solutions sont proposées. Et avant même de vous en rendre compte, une année s’est déjà écoulée. C’est pourquoi la docteure Riddle recommande de s’accorder des pauses pour se ressourcer et retrouver des forces. Vous pouvez par exemple prévoir un court séjour dans un lieu agréable ou simplement un temps de repos à la maison. Ces parenthèses vous permettront de prendre du recul et de préserver votre bien-être émotionnel.
Quelles sont les conséquences possibles ?
Les traitements pour la fertilité peuvent être lourds, à la fois physiquement et mentalement. Les médicaments prescrits pour stimuler les ovaires et enclencher la grossesse peuvent avoir des effets indésirables. Voici quelques-unes des conséquences possibles sur la santé mentale :
- Sautes d’humeur (irritabilité, émotivité ou hypersensibilité)
- Anxiété ou stress accru(e)
- Troubles du sommeil
- Perte d’intérêt ou de plaisir pour des choses que vous appréciez habituellement
- Consommation plus régulière de substances addictives, telles que l’alcool ou le cannabis, dans le but de se détendre
Si vous présentez un ou plusieurs de ces signes, il est recommandé d’en parler avec votre entourage et si besoin, de demander de l’aide à une ou un professionnel de santé.
Et si mes traitements pour la fertilité ne fonctionnent pas ?
Les traitements qu’on suit peuvent ne pas donner de résultat. On a souvent le réflexe de vouloir écarter ce genre de pensée négative pour garder espoir. Or, cela peut, au contraire, alimenter notre peur. La docteure Riddle encourage les femmes à faire face à de telles éventualités et à se demander : « Est-ce qu’il arrive un moment où on essaie autre chose ? Et si rien ne marche ? » N’hésitez pas à parler de vos craintes à votre partenaire si vous en avez un, à un membre de votre famille, à une ou un ami ou encore à votre psychothérapeute, si vous avez un suivi. Envisager que ça n’aboutisse pas n’est pas renoncer. Vous constaterez, si vous tentez l’expérience, que la confrontation avec votre peur permet de diminuer son intensité.
Si le traitement n’aboutit pas au résultat que vous espériez et que la grossesse s’arrête, sachez que le deuil de l’enfant est une nouvelle étape du processus. C’est aussi le cas avec le deuil de la maternité, après plusieurs tentatives infructueuses. Cela ne signifie pas que vous avez fait les mauvais choix ou que vous avez échoué. Pour mieux accepter ce que vous avez vécu et marquer ce chapitre de vie, vous pouvez écrire, dessiner, créer un objet en mémoire de votre expérience.
Comment mieux gérer ses émotions et fixer des limites ?
Les traitements pour la fertilité sont contraignants. Si vous avez choisi de suivre les recommandations à la lettre, n’oubliez pas de vous autoriser régulièrement des moments de répit. Préservez aussi votre santé mentale en vous fixant des limites, y compris avec vos proches. La docteure Riddle propose ici plusieurs méthodes pour protéger sa santé mentale :
- Faites autant de pauses que nécessaire. Si vous avez le sentiment que le sujet de la fertilité empoisonne votre vie, écoutez votre corps et arrêtez-vous.
- Autorisez-vous l’indulgence. Vous faites au mieux, il est impossible de suivre strictement tous les conseils qu’on vous donne en ce qui concerne votre santé et votre alimentation. Si les résultats ne sont pas ceux attendus, rappelez-vous que tout ne dépend pas de vous, de nombreux facteurs entrent en jeu dans la fertilité.
- Ne vous arrêtez-pas sur vos questionnements. Les êtres humains n’aiment pas l’incertitude, cela peut vous amener à vous demander « Pourquoi est-ce que ça m’arrive ? » ou « Pourquoi ce traitement n’a pas fonctionné ? ». La plupart du temps, il n’y a pas de réponse à ces questions. Elles viennent spontanément, mais vous n’avez pas besoin d’y répondre pour avancer.
- Pendant les périodes difficiles, coupez vos réseaux sociaux afin de ne pas vous exposer aux annonces de grossesse de vos proches et de vos amis ou aux publications de personnes qui ont des enfants.
- Expliquez à vos proches comment se comporter vis-à-vis de vous. Par exemple, vous pouvez leur dire que vous leur donnerez des nouvelles quand vous vous sentirez à l’aise pour le faire, et leur demander de ne pas vous poser de questions le reste du temps. Vous pouvez aussi demander à quelqu’un de vous téléphoner ou de venir prendre un café toutes les semaines.
Comment obtenir de l’aide ?
La docteure Riddle conseille de solliciter un soutien psychologique dès le début de votre traitement pour la fertilité, si vos moyens financiers le permettent. Vous pourrez ensuite espacer ou rapprocher les rendez-vous, en fonction de vos besoins. Restez en contact avec cette personne tout au long du parcours afin qu’elle sache ce qui se passe et puisse être un recours à tout moment. Le contact avec une ou un psychothérapeute peut aussi se faire plus tard, si vous traversez un moment difficile. Pour des séances remboursées par l’Assurance maladie, vous pouvez solliciter une ou un psychologue du dispositif Mon soutien psy.
Vous pouvez aussi prendre des renseignements auprès du centre ou de l’hôpital où vous vous rendez pour l’Assistance médicale à la procréation (AMP). Certains organisent des groupes de parole pour les femmes solo ou les couples. Vous pouvez vous tourner vers une association regroupant des personnes suivant un parcours d’assistance médicale à la procréation, comme BAMP, qui organise notamment des groupes de paroles.
Si vous avez un partenaire, une thérapie de couple peut vous aider à préserver la relation et vous apporter un soutien mutuel.
En savoir plus avec notre partenaire Psycom :
- Sur la santé mentale des femmes
- Sur les troubles anxieux
- Regarder notre vidéo Les troubles anxieux, la vie et nous
- Trouver une ligne d’écoute
- Comment s’aider soi-même, des outils pour tous
- Comment s’aider soi-même quand on vit avec un trouble psy
Cet entretien, destiné à un public américain dans sa version originale, a été adapté pour la France par notre partenaire Psycom.
Cet article vous a-t-il été utile ?
Explore more
Article6 questions à poser à son futur psychothérapeute
- Temps de lectureLecture : 3 min
ArticleQuel traitement pendant la grossesse en cas de problème de santé mentale ?
- Temps de lectureLecture : 2 min